Une heure en ligne pour comprendre comment l'intelligence artificielle transforme concrètement la pratique médicale et la relation avec le patient, avec deux médecins qui la vivent au quotidien.
Aide au diagnostic, génération de comptes rendus, suivi à distance, assistants conversationnels pour les patients : l'intelligence artificielle s'installe dans le quotidien médical, souvent plus vite que les cadres qui devraient l'encadrer.
Ce webinaire pose la question centrale : qu'est-ce que ça change réellement dans la relation entre le médecin et son patient, une fois qu'on sort de la théorie et qu'on regarde ce qui se passe déjà en pratique.

Docteure en intelligence artificielle appliquée à la médecine, 18 ans d'expérience clinique, intervenante régulière sur les usages de l'IA dans la pratique médicale au Maroc.

Médecin urgentiste, parmi les premiers à avoir porté la e-santé en France, intervenant reconnu sur la transformation numérique et l'intelligence artificielle en médecine.
Formation et diffusion de l'intelligence artificielle appliquée à la santé.
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4 étapes dans la relation médecin-patient selon Dr Etienne : du colloque direct (1.0) au monde actuel où médecin, patient, IA et données coexistent (4.0).
Le patient est devenu « sachant augmenté » grâce à Docteur Google puis à l'IA générative, ce qui rééquilibre la relation avec le médecin.
Les IA génératives « hallucinent » car elles ne comprennent rien. Des IA symboliques comme MedVir, entraînées avec des urgentistes, cherchent à limiter ce risque.
Un médecin peut être hors protocole et rester éthique, ou respecter le protocole et voir sa responsabilité engagée : les deux ne se confondent pas.
Risque identifié en radiologie : les médecins deviennent « de moins en moins sachants » face à des IA de plus en plus performantes.
Le cadre réglementaire existe déjà via la classification des dispositifs médicaux ; aucune IA ne peut aujourd'hui décider seule à la place du soignant.
Publié le 10 septembre 2026 · Dernière mise à jour le
Pour le Dr Loïc Etienne, médecin urgentiste depuis 1980 et fondateur de la solution d'intelligence artificielle MedVir, la relation médecin-patient a traversé quatre grandes phases. Le « monde 1.0 » est celui du colloque singulier classique : le médecin et le patient se parlent directement, sans intermédiaire. Le « monde 2.0 » introduit un média entre les deux, comme le téléphone : c'est le cas de la régulation médicale, où le médecin doit se faire une idée de la situation à partir de la seule voix du patient, sans dossier ni certitude. Le « monde 3.0 », qui s'est installé progressivement, voit s'interposer des données (data) entre le médecin et le patient. Nous sommes aujourd'hui, selon Loïc Etienne, dans un « monde 4.0 » où l'intelligence artificielle et les données forment un nouvel acteur, aux côtés du médecin et du patient, mais un acteur qui reste « disjoint » du réel humain : la machine raisonne avec de la donnée digérée, quand le médecin et le patient restent, eux, dans l'expérience vécue.
Le Dr Rajae Ghanimi rappelle qu'autrefois, la relation médecin-patient reposait sur un colloque singulier entre un sachant (le médecin) et un exécutant (le patient). Cette hiérarchie s'est rééquilibrée avec l'arrivée d'abord de Google, puis aujourd'hui de l'IA générative type ChatGPT : le patient arrive désormais en consultation avec des informations déjà consultées, parfois en vrac. Loïc Etienne partage cette lecture et y voit davantage un progrès qu'un obstacle : selon lui, le patient devient « sachant augmenté » par les IA génératives, tout comme le médecin devient lui aussi plus « sachant » grâce à ces mêmes outils. Le rapport entre les deux est désormais plus équilibré (« fifty-fifty »), à condition, insiste-t-il, d'utiliser ces technologies avec intelligence. Pour Rajae Ghanimi, cela impose au médecin une obligation implicite : développer sa littérature numérique et algorithmique pour éviter une asymétrie d'information face à un patient de mieux en mieux renseigné.
Un point technique important abordé par Loïc Etienne : les IA génératives (type ChatGPT, Claude, Perplexity) sont sujettes aux hallucinations, car, selon lui, elles ne comprennent rien à ce qu'elles font. Elles repèrent des tendances statistiques mais n'ont pas de compréhension réelle de la situation clinique. C'est pour cette raison que MedVir, la solution qu'il a développée, mise sur une approche différente : un système symbolique avec une couche d'apprentissage, construit sur 35 ans de travail avec des médecins urgentistes pour identifier et prioriser les bonnes questions à poser face à une situation d'urgence, plutôt que sur un grand modèle de langage générique.
Loïc Etienne alerte sur un risque spécifique en radiologie, où les IA deviennent, selon lui, si performantes qu'elles dépassent la capacité des radiologues à vérifier si leurs conclusions sont exactes. Le danger : que le médecin devienne « de moins en moins sachant » à mesure que la machine devient « de plus en plus sachante », sans qu'on sache toujours qui, de l'humain ou de la machine, a raison en cas de désaccord.
Sur la question de la responsabilité juridique, Loïc Etienne distingue nettement éthique et droit. Il illustre son propos par un cas concret : un médecin qui transporte lui-même un patient à l'hôpital dans sa voiture, hors protocole, faute de SAMU disponible, et qui sauve son patient, agit de façon éthique bien qu'en dehors des règles. À l'inverse, un médecin qui respecte scrupuleusement le protocole (attendre le SAMU) alors que le patient décède dans l'attente peut être jugé responsable devant la justice, même s'il a suivi les règles. Pour lui, l'éthique relève de ce que le soignant se doit à lui-même face à une situation donnée, tandis que la responsabilité relève du juridique. Ne pas utiliser une IA fiable et disponible, quand elle aurait pu éclairer une décision, engage donc potentiellement la responsabilité du soignant, au même titre qu'une mauvaise utilisation de l'IA.
Répondant à une question sur l'encadrement légal de l'IA en santé publique, Loïc Etienne rappelle que les dispositifs médicaux basés sur l'IA sont déjà classés (classe 1, 2a, 2b) selon leur niveau d'impact sur la décision médicale. MedVir, précise-t-il, est en cours de classification en tant que dispositif médical. Un dispositif de « classe 3 », où l'IA prendrait seule des décisions à la place du soignant (par exemple déclencher elle-même un appel au SAMU), n'existe aujourd'hui pas : la décision finale reste entre les mains du professionnel de santé.
Ce webinaire a été organisé en marge du Certificat en intelligence artificielle appliquée à la santé, porté conjointement par HealthTech Institute et le Centre Hippocrate, et animé notamment par le Dr Rajae Ghanimi elle-même. Retrouvez tous nos webinaires, replays et prochains rendez-vous compris, sur notre page dédiée.
La seule chose que je sais, c'est que je ne sais rien. Que nous soyons patients ou que nous soyons médecins, il faut toujours garder la philosophie au sein de notre réflexion.
Dr Loïc EtienneMoi, le médecin, je suis plus intelligent que la machine parce que je vais poser la bonne question, parce que je vais avoir compris un certain nombre de choses que je sais de façon intuitive.
Dr Loïc EtienneTous les outils que nous avons, les IRM, les IA, les tests génétiques, les robots, ne sont que des outils.
Dr Loïc EtienneAvant, c'était Google. Aujourd'hui, c'est ChatGPT, l'IA générative. Le patient vient souvent en consultation avec un savoir, des masses d'informations en vrac.
Dr Rajae GhanimiReprises telles que posées en direct pendant le webinaire, avec la réponse donnée par Dr Loïc Etienne.
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